De Palestine- Jour 3 – Enfance en Palestine "Imagine un pays sans armée!"

18 avr

Mardi le 17 avril, la délégation s’est rendue à Jérusalem, dans la vieille ville ainsi que dans le quartier arabe de Bustan. Ce lieu a été la résidence de Sulaiman, il y a plusieurs siècles. Israël, veut récupérer les terrains, afin de (officiellement) construire un parc en son honneur. Actuellement, 88 maisons sont ciblées et menacées de destruction et les soldats entreprennent de « convaincre » les citoyens de déguerpir et d’abandonner leur maison, pour construire le site.

Les raisons officielles invoquées par Israël sont que les maisons bâties sur ces terrains ne possèdent pas de permis et ne sont pas conformes aux normes. Les citoyens rétorquent qu’ils sont les arrières, arrières, etc. petits enfants de Sulaiman et que le droit de propriété devrait être démontré depuis le temps. D’autant plus comment Israël peut-il se reclamer de ces propriétés alors que cet Etat a été créé en 1947?

Voici en rafale ce que nous avons entendu dans nos discussions avec différents citoyens et résidents de ce quartier, tant sur les méthodes utilisées, leurs commentaires, nos impressions, bref nous vous transmettons la parole des personnes que nous avons rencontrés… à vous de transmettre à  votre tour, pour que rien ne soit oublié et que les choses changent!

Se débarrasser d’un peuple gênant 

«  Dans le milieu de ce quartier, une colonie juive a été implantée et les accès « fil-de-fer-balisés »; les citoyens se font voler leur quartier. Les palestiniens payent leurs taxes sans pour autant recevoir les services municipaux auxquels ils ont droit.

«  Lorsque les israéliens viennent démolir nos maisons, les familles doivent non seulement payer les taxes municipales mais aussi, les frais de dossier, d’émission de permis, les frais pour  l’utilisation du buldozzer et les frais de sécurité de la police! » « Les frais s’élèvent à plus de 150 000$ et une fois leur maison démolie, les gens n’ont plus de résidence, ni d’argent pour s’installer de nouveau… »

Dans leur planification du « développement du quartier », les autorités ont démoli 10 maisons  voisines de celle de notre guide, afin de permettre aux buldozzer de mieux circuler et de faciliter la démolition des quelque 80 maisons ciblées.

« Les autorités se sont présentées plusieurs fois à mon domicile pour me signifier mon avis d’expulsion, avec de vrais papiers légaux qui démontrent que je ne suis pas propriétaire de mon terrain. Pourtant, ma famille habite cette maison depuis plus de 5 générations.

Si je ne pars pas, je serai expulsé légalement… » La question n’est pas de juger la véracité de leurs papiers mais de récupérer le terrain par tous les moyens.

Nous avons vu un « tag » sur l’un des murs d’une maison de ce quartier, qui représente côte à côte le chevalier st-Georges ainsi qu’une mosquée, afin d’illustrer la capacité des chrétiens et des musulmans de bien vivre ensemble. Aucune synagogue ou autre icône juif, puisque les citoyens sont en désaccord avec les politiques d’Israël. De plus, à l’époque de Sulaiman, les juifs n’étaient pas présents sur le territoire.

Arrestations arbitraires et violentes d’enfants

Il y aurait eu 380 arrestations d’enfants dans la ville de Bustan depuis janvier 2012.

Il n’est pas rare que des enfants d’à peine 7 ans soient arrêtés, à l’école ou dans la rue, par la police, afin de mettre de la pression sur leurs parents et qu’ils obtempèrent aux avis d’expulsion. L’excuse employée par la police et l’armée, pour justifier ces arrestations, est à l’effet que ces enfants sont dangereux puisqu’ils ont été pris à lancer des roches aux policiers.

La technique est simple : arrêter les enfants, leur faire peur, les mettre en prison pour une période variant entre une journée et 3 mois, leur charger une amende supplémentaire de 3000 shekel (1000$) pour acheter leur liberté et leur imposer un interdit de séjour dans leur quartier, suivant leur détention.

Les enfants les plus jeunes développent inévitablement différents troubles associés à leur détention et ce qu’ils ont subi, ils sont isolés de leur famille pour une période de temps importante. Les parents pour leur part, doivent rester à la maison pour les accompagner dans leur « exil communautaire » et ne peuvent plus travailler… cette résidence forcée à leur domicile ou le déracinement de leur quartier s’échelonne sur une période de 6 à 16 mois consécutifs.

« Les résidents se mettent eux-mêmes en prison. Ils ne répondent plus aux coups à la porte, ils barricadent leurs murs et portes et le réflexe est de s’isoler…tout ça parce que la police fait des rafles à toutes heures du jour et de la nuit, et peuvent s’emparer de nos enfants ou nous expulser de force de nos maisons. »

Nous avons rencontré 3 enfants qui voulaient nous témoigner leur vécu… : « il y a un mois, les soldats sont entrés dans notre maison et ont tenté de prendre mon frère et moi-même et de nous amener en prison. » « C’est temps-ci, les soldats sont calmes et ne tentent pas de nous arrêter, mais je sais qu’ils reviendront bientôt pour moi! » «Imagine un pays sans armée!!! »

« J’ai 13 ans et j’ai été 3 fois en prison, la dernière fois, ils m’ont arrêté à l’école et je suis resté enfermé durant 3 jours, sous prétexte que j’avais lancé des pierres. Après ces 3 jours , il m’a fallu payer 1000 shekel (375$) pour monnayer ma liberté! »

« Comme père de famille, je tente d’inculquer à mes enfants, des valeurs de tolérance, de partage, d’ouverture au dialogue… je suis incapable de faire ma part, dans l’éducation de mes enfants, puisque qu’eux, les soldats et les israéliens, se comportent comme ils le font! »


Des initiatives qui ne sont pas la bienvenue

Sur l’espace vacant d’une des maisons ayant été rasée, les citoyens ont entrepris de construire une piscine pour les enfants. Pour légitimer et légaliser leur geste citoyen, ils ont pris sur eux d’aller demander un permis pour transformer le site.  La réponse des autorités nous semble sibylline : « Laissez, nous le ferons pour vous avec plaisir et payerons les dépenses, pour autant que vous signiez l’avis d’expulsion et que nous puissions démolir vos maisons !! » Comme les citoyens refusent de signer et de légitimer leur expulsion, les autorités municipales ont décidé de démolir le terrain de soccer construit par les résidents!

Sur le bord de la route, à Silwan, une source coulait du haut de la montagne. Les citoyens ont entrepris de demander d’y faire pousser un jardinet, après tout, le nom de la ville Boustan se traduit par jardin. Devant la réponse négative à leur demande, les citoyens ont mis des plants en pots tout autour du site et inscrits sur l’arche de pierre : ceci est notre jardin. Les autorités ont effacé l’inscription et précisé qu’en cas de récidive, la prison attendait les contrevenants.

Durant notre périple à Silwan, nous avons constaté que tous les panneaux routiers pour s’y rendre indiquent une direction erronée, rendant ainsi pour le moins floues, les limites de la municipalité. Dans les faits, Israël repousse sans cesse les limites municipales… Silwan devient virtuelle ou une simple anomalie sur les cartes routières!


Un Palestinien dans la vingtaine s’ouvre à nous après avoir entendu le témoignage émouvant d’un père de famille que nous avons rencontré : « Mes souvenirs d’enfance sont complexes et teintent l’homme que je suis… je suis né dans une prison à ciel ouvert, je n’ai jamais considéré avoir de futur, j’ai été atteint d’une balle à la poitrine, tirée par un soldat israélien, en sortant de l’école. Que veux-tu que je pense de cette sorte de paix? Qui est le terroriste en passant? Moi? Je me comporte humblement, servilement devant les soldats, je ne les confronte pas, malgré la rage qui m’habite et les envies que tout cela cesse. Je ne suis pas un lâche, pas un lâche… j’ai peur pour ma vie depuis que je suis enfant, depuis que je me suis fais tirer!  Il faut que le plus possible de personnes sachent ce qu’il se passe ici, il faut briser l’embargo sur ce que nous vivons, il faut expliquer une personne à la fois et que chacun réalise que tout cela n’a pas de sens… selon moi, vous êtes des prophètes en cette matière. Votre présence ici doit servir au savoir et à la transmission de ce qui se passe. » 

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