Au rez-de-chaussée d’un bâtiment abandonné depuis plus de 15 ans, une école maternelle sera construite, la force de travail des déléguéEs de 8 pays différents, ayant participé aujourd’hui, comme prévu à l’opération internationale Bienvenue en Palestine, à sa construction. Une école où les enfants, les parents, la communauté sont impliqués et s’investissent en temps et en mettant à profit leurs compétences personnelles et professionnelles pour la réalisation du projet. De plus, les voyageurs qui s’arrêtent à l’auberge de jeunesse attenante (artistes, dentiste, menuisier, gens de théâtre et du cinéma, ingénieur, architecte, etc.), peuvent mettre eux aussi leurs compétences à la disposition des enfants de l’école. Une école alternative qui diffère de façon importante avec les écoles palestiniennes habituelles et qui poursuit l’objectif de fournir à la communauté, un cadre pédagogique axé sur la conscience que les enfants doivent grandir en humanité.
En matinée, les délégués ont relevé leurs manches et participé au grattage des murs, afin de mettre à nu les murs de pierre et préparer la transformation de l’école. Il faut préciser que ce bâtiment à des particularités importantes… tout d’abord les deux étages ont des vocations différentes, alors que le premier étage est abandonné depuis plus de 15 ans et que le second étage est occupé par une prison pour détenus de droits commun. Une prison que la communauté tente depuis plus de vingt ans de relocaliser ailleurs, puisque elle est à proximité d’écoles primaires et située en plein centre d’un quartier familial.
À terme, la communauté fait le pari qu’une fois que l’école aura été construite et que la communauté pourra compter sur une école alternative de qualité et prise en charge par cette même communauté, il n’y aura
d’autres choix logiques que de déménager la prison.
Les délégués ont donc gratté les murs de son enduit plâtré, qui toussant, crachant tout en pestant contre cette poussière dense pire que le simoun. Nous avons tous et toutes vécu plusieurs moments cocasses ou simplement d’entraide entre les déléguéEs, dont le travail permettra la création d’une maternelle et, du même coup à l’agrandissement de l’auberge de jeunesse. Des rires aussi qui ont égayé les murs de l’école, comme des enfants en classe d’art plastique, se salissant pour une création collective, un travail important de fin d’année.
Quelques citations des participantEs :
M. "Après avoir rencontré plein de monde depuis que je suis ici, puis avoir vu plein de réalités difficiles, ca a fait du bien de faire quelque chose qui avait, à la base, motivé ma décision de participer à la campagne Bienvenue en Palestine. Ce bout humanitaire du projet, c’est ce qui m’avait allumé initialement. De participer donc à ce projet, de travailler physiquement, j’avoue que ça a fait pas mal de bien. Aussi, en prenant une pause, j’ai regardé autour de moi : de voir à peu près toutes les délégations en train de travailler, de piocher un marteau à la main, dans la poussière, tout le monde toussait, ça piquait des yeux… je trouvais cela bien touchant."
A. "C’est plutôt symbolique, les Palestiniens travaillent beaucoup mieux que nous. Mais quand même c’est important pour nous de faire 2 heures de travail physique pour une bonne cause après tous ces rendez-vous et de parler à ces ouvriers, c’est important. On ne s’est pas dit grand-chose car ils parlaient l’arabe et moi pas. Mais quand même avec les yeux des fois on parle plus qu’avec les mots !"
T. "Je me sens comme une statue de plâtre, à l’intérieur comme à l’extérieur. Et les yeux, c’est le pire, mais bon, j’avoue que ca fait du bien. On se donne. Allez, un coup pour les gens qui ne sont pas passés a l’aéroport ! Un autre coup pour le gouvernement israélien…"
T. "On s’est bien défoulé. Quand j’étais en train de casser les pierres, j’imaginais un soldat israélien avec son casque et chaque coup, j’enfonçais un peu plus le casque et puis ce soldat devenait finalement un être humain."
L. "J’ai l’impression que ce travail physique a davantage tissé les liens entre les différentes délégations présentes. On travaillait en équipe avec nos masses afin de trouver des moyens de démolir le mur de manière plus efficace, on se relayait pour transporter tous les morceaux de plâtre à l’extérieur, tout le monde portant foulard, masque sur le visage, tout le monde complètement couvert de blanc, les vêtements comme les cils. On a « vargé », on a ri, on s’est encouragé, on s’est relayé. Tout ça, pour les enfants mais je pense aussi, pour nous."
Après ces travaux manuels, nous avons été conviés à visionner un court film de fiction, scénarisé et produit par les enfants de l’école. La colère de Robert, cliquez ici pour le visualiser, s’attarde selon la perspective des enfants eux-mêmes, à la colère que tout un chacun peut ressentir à un moment ou l’autre dans sa vie. Un film adapté de la nouvelle : « Grosse colère » de madame Lallancé et diffusé par l’école du Petit Prince, le nom de l’école que l’opération Bienvenue en Palestine 2012 est venu supporter.
Les déléguéEs ont par la suite discuté du projet, de son contexte politique et social et des enjeux qui se pose, pour les quelques mois à venir.
Il y a en Palestine, deux systèmes d’éducation : l’un public et sous la gouverne de l’ONU et l’autre privé, supporté financièrement de façon importante par les parents. Les parents choisissent d’envoyer leurs enfants au privé, car cela relève du principe que dans ces écoles, les enfants auront l’opportunité de développer des compétences sociales importantes et une ouverture sur le monde. Le projet scolaire, en ce sens reprend plusieurs aspects primordiaux aux yeux des citoyens de Bethléem, une école communautaire ouverte et portant des valeurs humanistes et de tolérance, ce qui peut être un avantage indéniable pour les enfants dans un pays en guerre ou occupé. Peuple résilient s’il en est un, rappelons que, au cours de son histoire, la Palestine a été envahie 36 fois par divers occupants. L’un des impacts et ce qui définit et qui constitue les paramètres de système public géré par l’ONU, est que la totalité des écoles sont construites sur le même modèle architectural, ce qui donne lieu à des aberrations en terme de pédagogie ou d’environnement d’apprentissage pour les enfants. L’équipe de l’École, le Jeu et l’Éducation (E.J.E.), s’est donné la mission de briser les barrières structurelles et d’innover en matière de construction de complexe scolaire, complexe qui recevra plus de 1000 jeunes de 6 à 16 ans.
Différentes étapes sont nécessaires à la réalisation de ce projet communautaire structurant puisque l’implication des enfants et des parents est essentielle, voire même au cœur de la vision que la communauté a développé, ils sont partie prenante de toutes les étapes de la conception et de la réalisation.
Il a tout d’abord fallu choisir le concept architectural, qui correspond le plus aux valeurs du projet. Un projet dont les prémisses de base se fondent sur l’inadéquation de ce qui se fait actuellement sur les territoires et dans les camps de réfugiés.
Les écoles qui ont été construites ont un modèle simple et une conception architecturale encore plus simple : une classe pouvant être considérée comme une boîte rectangulaire ou carré où seront entassés les élèves en processus d’apprentissage, il n’y a qu’à assembler plusieurs de ces boîtes sur différents étages et d’y adjoindre une cour, aire de jeux collectifs pour tous les élèves. De plus, comme l’école doit non seulement recevoir les élèves mais aussi les protéger, il n’y a qu’à mettre des structures de béton sans trop de fenêtres et le tour est joué.
De son côté, le projet alternatif se fonde sur d’autres prémisses qui ont de fait, un impact sur l’architecture, sur l’aménagement du complexe scolaire et reflète la pédagogie. Comme le groupe désire avoir une école ouverte sur le monde ainsi qu’une école qui protège les enfants, l’architecture doit se plier à ces contingences. Premier impact, le concept architectural travaillera le lien entre l’intérieur et l’extérieur, c’est-à-dire que l’environnement externe devra être visible et disponible pour les besoins de l’école. L’architecture devra aussi s’adapter à son environnement et non le contraire. Les oliviers sur le site seront intégrés au complexe plutôt qu’arrachés.
Les participants au projet ont de plus insisté pour imposer la démocratie dans les classes et dans l’enseignement. La vision portée par la communauté est à l’effet que les salles de classes, doivent s’adapter et favoriser la participation démocratique de tous les acteurs du projet scolaire; les enfants, les enseignants ainsi que les parents. Comme la conception plus classique et formelle des écoles, constituée de rectangles ou de carrés empilés les uns sur les autres ne permet pas de répondre à cette vision, une autre forme géométrique a été choisie, l’hexagone. L’assemblage de cette forme plus ouverte, permettra de mieux adapter l’enseignement et la dynamique de groupe aux principes démocratiques.
Enfin chacun de ces espaces de classe sera jouxté à un jardin collectif, à différents espaces plus petits, gérés par les groupes classes. L’ensemble des classes seront assemblées et réunies autour de grands espaces collectifs qui serviront d’aire de jeu et de cour d’école.
En conclusion, les participantEs au projet ont constaté que ce projet de construction d’un complexe scolaire novateur et communautaire pourra être un apport indéniable au développement de la collectivité.
Nous citons en terminant Jacques Neno, directeur du projet l’école, le jeu et l’éducation (EJE) : « Nous sommes indifférents aux différences! Nos manières de penser sont différentes, nous sommes différents les uns des autres et la différence n’est pas dangereuse! Les israéliens construisent des murs, nous construisons des ponts entres les gens et les générations! »


