Les délégué-e-s

Les délégué-e-s, une vingtaine de personnes sont soutenus par de nombreux organismes québécois. Militantes et militants, engagé-e-s de longue date ou non, ils ont tous à cœur de dénoncer la politique israélienne envers les Palestiniennes et Palestiniens et d’apporter leur aide à la construction d’un complexe scolaire, voulu par de nombreuses organisations palestiniennes.

Le texte qui suit en est un de fiction, mais inspiré de motivations véritables, exprimées par des membres du projet Bienvenue en Palestine, section québécoise, et de dialogues qu’ils ont eus avec leur proche. Il a été lu lors de la soirée en appui à ce projet, le 3 avril 2012, par les comédiennes et comédiens : Tania Kontoyanni, Frédéric Lavallée, Elkahna Talbi et Paul Ahmarani.

« Aller là-bas»

- Bon ça y est, j’ai décidé d’aller en Palestine avec ce projet d’avions! Ca fait plus de 26 ans que je milite ici, à me battre quotidiennement et à avoir des préoccupations communautaires, veux-tu ben me dire ce que je vais faire en Palestine? Je suis même pas certain de pouvoir expliquer la dynamique politique et de bien saisir le conflit!!!
Pourtant, en lisant l’appel sur le site internet du projet, aussi bizarre que ça puisse paraitre, il y a eu un déclic, juste ici… dans la zone parentale du cerveau! Participer à la construction d’un complexe scolaire pour des enfants de l’âge de mes filles… participer au développement d’une population via les études de ses enfants, voilà ce qui m’a allumé! Je suis bien conscient que mes connaissances en construction seront faiblement utilisées, je comprends même qu’il y de bonnes chances qu’on se rendra même pas jusqu’au chantier si Israël décide une nouvelle fois de jouer au fanfaron, de mettre ses fiers-à bras sur notre chemin vers Bethléem.

Bon maintenant, annoncer ça à mes filles et à ma blonde! Ma blonde m’a écouté longuement et m’a juste dit : « ça a vraiment l’air de te tenter, alors vas-y, c’est pas tous les jours qu’on peut participer à un projet de cette envergure! » – T’as tellement raison ma belle!…que je lui ai répondu.
Ma grande ado, elle, m’a sorti un discours digne de ses grandes envolées lyriques, du genre : – « Ah ouinn, ben Ok! »
J’’avoue que ça donne un coup dans le coeur, autant d’éloquence! Mais dans le fond de son oeil, j’ai bien vue toute la fierté pour son père et son accord tacite à ma nouvelle folie!
La petite elle, s’est tout de suite inquiétée que j’aille en prison. Elle trouvait logique que j’aille ailleurs sur la planète, aider d’autres mondes que mon habituelle gang du communautaire. Mais ça lui tente pas pantoute de m’apporter des oranges en prison, c’est ben normal. Après quelques précisions de ma part sur le projet et quelques jours de réflexion de la sienne, elle m’a dit :
- « Dans le fond, il peut pas t’arriver pire que ce que ces gens-là vivent à l’année longue, papa! Eux sont en prison tous les jours. C’est correct, tu peux y aller… mais fais pas exprès pour aller en prison quand même hein?
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- C’est quoi l’idée de faire un voyage en Palestine?
- Et pour aller manifester en plus!
- Tu trouves pas qu’il y a de quoi manifester à ton goût ici? Les étudiants, les gaz de schistes, les indignés, ça te suffit pas?
- Es-tu tombé en amour avec une musulmane?
- As-tu regardé un vidéo de Ben Laden sur internet?
- As-tu mangé de la viande Halal sans le savoir!
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 - Moi aussi ce sera la première fois. Mais à vrai dire, j’ai l’impression que je suis allé cent fois tellement j’ai lu sur le sujet, tellement j’ai vu de photos et entendu de conférences, même si j’ai rien que 18 ans. En fait j’en ai donné moi-même, des conférences. Disons plutôt des exposés, durant mes cours d’histoire et de géographie, au secondaire et en première année de cégep. Je fais actuellement ma deuxième année. C’est-à-dire que je la faisais jusqu’au moment où on a commencé les grèves que vous savez. J’avais déjà décidé d’aller en Palestine avant que
cette grève arrive et j’irai coûte que coûte, quitte à perdre une semaine de plus à ma session. Heureusement, il paraît que notre manifestation à Tel-Aviv se fera dans l’aéroport seulement. Parce qu’avec les 200 et quelques kilomètres de marche que j’ai fait en manif depuis un mois, j’en ai des ampoules aux pieds. Je prendrais bien une petite pause…Pour dire franchement, je m’en vais en Palestine prendre des vacances de la grève étudiante! Est-ce indécent de faire une levée de fonds pour ça?
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- Salut Charlie. On s’est rencontré hier à la réunion du projet "Bienvenue en Palestine". Après avoir bien lue l’information et vous avoir entendu hier, j’ai décidé de prendre l’avion avec vous-autres.
Deux raisons majeures motivent ma décision. Je travaille depuis de nombreuses années à accueillir des personnes réfugiées politiques au Canada. Je rencontre donc au quotidien des gens ayant vécu des situations de persécution parfois inimaginables. Je suis témoin des effets de ces persécutions sur l’être humain.
Au-delà de la cause palestinienne, dont j’ai une connaissance vraiment de base pour le moment et que je veux approfondir, je souhaite vivre la peur d’entrer dans un pays qui ne vous veut pas, un pays qui peut décider de nous déporter d’où on vient. Je veux sentir cette peur dans mes tripes, pour mieux comprendre et aider les personnes que je reçois ici. C’est clair qu’avec ma nationalité canadienne, je ne risque qu’un retour ici, dans le confort de mon foyer, contrairement à ces réfugiés qu’on déporte et qui retournent dans leurs patelins remplis d’anxiété sur leur futur. Mais j’ai envie d’expérimenter ça quand même, à petite échelle.
J’ai aussi envie de voir de mes yeux des camps de réfugiés, là où une bonne partie de ces gens ont vécu avant d’arriver au Canada mais qui reste une notion abstraite pour moi. Je veux vivre dans ces camps, même si seulement pour une semaine, pour mieux comprendre. Pour ça, je souhaiterais, si on a le choix de notre lieu de
résidence là-bas, être hébergé dans une famille palestinienne mais dans un camp de réfugiés, autant que possible, plutôt que dans une maison ordinaire en ville, par exemple.
Je compte acheter mon billet d’avion très bientôt. Mais vu mon petit salaire, je souhaiterais bien pouvoir bénéficier d’un soutien financier, selon les fruits de la levée de fonds. Je m’inscris donc sur la liste de ces demandeurs, non pas d’asile politique, mais de soutien financier.
Bien à toi…
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- Moi je serais bien allée mais je peux pas : mon amoureux est un palestinien, rencontré ici à Montréal. J’ai 28 ans, lui aussi et il a jamais vu son propre village, celui d’où ses parents ont été expulsés en 1948. Ça fait donc maintenant 64 ans. Ils font partie des 4 à 5 millions de palestiniens et de palestiniennes à qui c’est arrivé depuis cette date. C’est beau le camping et les voyages mais à un moment donné c’est aussi le fun de revenir chez-soi, non? Lui ne peut pas. Et moi non plus je ne peux pas aller chez-eux, dans le lieu de ses origines. Du moins pas avec lui c’est sûr, puisque ça lui est interdit de mettre les pieds à l’aéroport de Tel-Aviv, l’aéroport d’Israël, qui est la seule porte d’entrée actuelle pour aller chez lui. Et il est pas question que j’aille sans lui.
Bizarre quand même : si on marie quelqu’un au Canada, il devient automatiquement citoyen canadien. Mais s’il s’adonne à être palestinien, alors je perd ma propre citoyenneté en quelque sorte, je perd la liberté de mouvement que j’avais avant. Une anomalie de plus à abolir au plus sacrant.
Je n’irai pas tout de suite, donc, mais je vous appuie de toutes mes énergies. Pour qu’arrive le jour où la Palestine sera libre… et qu’on puisse y faire enfin notre voyage de noces!
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- J’y vais pour essayer de grignoter les murs, avec ce que cela peut avoir de dérisoire.
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- Moi c’est la victime à grande échelle devenue bourreau à grande échelle, que je veux comprendre comme phénomène.
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- Salut chers amis d’adolescence qui comprennent pas pourquoi je m’en vais en Palestine, alors que, comme retraités, il y a tellement de meilleurs endroits sur la planète pour jouer au golf! Vous me connaissez, j’ai d’autres loisirs moins populaires que le golf par les temps qui courent: la solidarité humaine, et puis la poésie. Deux choses qui se trouvent à chaque coin de rue en Palestine, à ce qu’y paraît. Ma seule inquiétude durant ce voyage, pour vous dire vrai: pas la prison, ni les sarcasmes, ni la bêtise; seulement la peur de m’ennuyer de mon amoureuse après deux jours. À chacun ses phobies, que voulez-vous! Je vous paye une bière à mon retour.
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- À l’âge que j’ai, ça risque d’être mon dernier voyage. Dernier en Palestine et probablement le dernier ailleurs aussi. J’en ai fait plusieurs, comme j’ai d’ailleurs épousé plusieurs causes dans ma vie. Drôle d’expression que celle-là : épouser une cause.
On m’a souvent demandé : pourquoi la Palestine? Maintenant je réponds : parce que je suis née au 20ème siècle, que je vais mourir au 21èmesiècle, sans que peut-être cette injustice n’ait été réparée, alors qu’elle repose pourtant sur des vestiges du 18ème siècle! Ces vestiges s’appellent, en
français: colonialisme, racisme. Et tant qu’ils existeront encore en Palestine, ces vestiges peuvent revenir partout ailleurs sur la planète, y compris ici même. Ils peuvent et ils reviennent. Le racisme en particulier, à l’égard de tous les arabes en particulier aussi. J’irai parce que j’ai encore la conviction que notre contribution à nous, de race blanche et occidentale, est d’une certaine utilité pour que pareils vestiges disparaissent enfin, et disparaissent par des moyens pacifiques.
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- Moi c’est le message suivant de ce jeune palestinien qui est venu me chercher : Voir le message de Saeed et de tout le village de Nil’in sur notre site
"Le 27 mars 2012

Chers amis,
C’est un grand honneur pour nous de vous accueillir en Palestine. Ce que vous faites pour les droits des palestiniens et pour les droits humains est immense ainsi que votre lutte pour la paix et pour la justice.
Nous, palestiniens, pensons que c’est notre droit, comme tous les autres peuples, de vivre dans la paix, la liberté et la dignité. Comme le reste du monde, nous aussi, nous souhaitons la sécurité et la justice et donc nous refusons la violence, les crimes et l’humiliation que nous sommes obligés de subir chaque jour. Nous sommes un peuple qui aime la paix et qui, par conséquent, résiste de façon non-violente à l’annexion de notre terre et au mur d’apartheid.
Nous sommes privés des droits humains fondamentaux à cause de l’occupation illégale de notre pays. Néanmoins, nous croyons dans le pouvoir de la justice humaine sur la tyrannie et l’humiliation. C’est pourquoi nous luttons pour trouver des solutions et en finir avec notre misérable condition.
Personnellement je me sens très inspiré par vous tous parce que vous êtes un peuple ayant une conscience morale, et que vous avez répondu à l’appel du devoir d’humanité qui rassemble tous les êtres humains sur cette planète.
J’ai 20 ans et pour la première fois de ma vie je me suis trouvé en dehors de la Palestine pendant trois mois pour donner des conférences dans toute l’Europe. J’ai été surpris par l’énorme différence entre notre vie ici et la vôtre en Europe, bien que je sois conscient que vous aussi avez des problèmes inhérents au système capitaliste. Cependant, j’ai appris à dormir sans crainte ni peur d’être dérangé par des raids nocturnes, et j’ai vu aussi ce que c’est de circuler librement de pays en pays sans check-points et de vivre pendant trois mois sans risquer d’être la cible de tirs. Enfin j’ai apprécié le fait de ne pas voir l’armée et les militaires partout chaque jour avec leur M16, etc. J’ai donc savouré ce que c’est que de vivre en liberté pendant trois mois, et je suis donc rentré en Palestine plus déterminé encore à renforcer notre lutte pour atteindre la liberté le plus tôt possible. En Palestine, la plupart des jeunes de mon âge (20 ans) sont nés sous l’occupation. Nous luttons pour la liberté et la libération mais nous ne savons pas ce que cela veut dire en réalité.
J’ai pu aussi comprendre le pourquoi de la solidarité internationale, pourquoi vous venez ici. Bien que vous ayez tout ce que vous désirez dans vos pays respectifs, vous venez chez nous poussés par un devoir d’humanité qui m’inspire jour après jour, ayant toujours en mémoire les exemples de Rachel Corrie et de Tristan Anderson.
N’ayons plus peur, n’attendons pas plus longtemps, la liberté frappe à nos portes. Elle frappe avec votre venue et avec ces mots de Nelson Mandela : « Notre marche vers la liberté est irréversible. Nous ne devons pas permettre que la peur nous barre le chemin!»
Au nom de mon village, Ni’lin, qui a perdu 5 de ses chers enfants récemment, brutalement assassinés par les forces d’occupation israélienne, je vous dis sincèrement que nous espérons vous accueillir cette année dans notre village de Ni’lin. Vous êtes plus que les bienvenus!
Merci beaucoup!"

Saeed Amireh, du comité Populaire du village de Ni’lin, en Palestine occupée

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